Vadrouilles Attentives

9 juillet

À regarder la carte, je ne m'attends pas spécialement à des surprises particulières aujourd'hui, mais c’était sans compter sur la brume au réveil ! Je parcours essentiellement de la route forestière, en légère descente, avec un peu d'asphalte à la fin. L'ombre et la fraîcheur des bois sont agréables. Plus loin je traverse un petit plateau un peu ondulant et bien fleuri. Il est impressionnant de voir la quantité de papillons par rapport au nombre de fleurs, elles sont littéralement prises d'assaut.

Après chaque pause, mes orteils me torturent pendant les premières centaines de mètres. Il se met à goutter, il ne fait alors ni trop chaud, ni lourd, c'est agréable, mais j'ai l'esprit ailleurs. J'ai quitté la région du Velebit, que j'ai mis à peu près deux semaines à traverser si j'inclus les détours, et je me sens désormais attiré par la Bosnie-Herzégovine. Pour cela j'envisage de faire un bond en transports en commun pour m'en approcher. Il y a l’envie, et puis mon budget temps limité, alors j’accélère dans cette direction. Je passe entre les gouttes, me coltine un morceau d'asphalte, avant de pénétrer peu à peu dans la ville de Gračac.

La friche à côté de laquelle j'ai campé semble moins austère dans la brume.
La friche à côté de laquelle j'ai campé semble moins austère dans la brume.
Le nombre de papillons est parfois ahurissant.
Le nombre de papillons est parfois ahurissant.
Pause bienfaitrice en chemin, what else?
Pause bienfaitrice en chemin, what else?

Ce qui me frappe en premier, c'est l'état très variable des maisons. Quelques-unes sont impeccables avec un jardin soigné, puis il y a les friches, enfin il y a les entre-deux qui sont parfois en majorité. Ces dernières sont brutes : béton, parpaing, quelques fenêtres bouchées, dernier étage souvent à l'état d'ébauche. Elles ont néanmoins toutes un point commun : les balcons n'ont pas de rambarde, c'est surprenant. La seule banque de la ville est entourée de bâtiments murés et de hautes herbes.

Pour ne pas trop passer pour un sauvage, je laisse mon bâton de marche en bois dans un recoin où je pourrai le récupérer. Mon deuxième bâton est replié et attaché au sac à dos.

En passant devant une boulangerie, je succombe immédiatement, je m'y laisse conseiller et ressors avec bien des douceurs. Je me laisse imprégner de l'ambiance alors que je traverse une partie de la ville, puis trouve mon deuxième Graal, un bar avec une terrasse ombragée au calme. Comme ils ne servent pas de nourriture, j'accompagne la pinte fraîche avec les délices de la boulangerie. L'odeur semble attirer un petit chat très collant. Il fait tout pour grimper sur la table, y arrive maintes fois, finit même sur mes épaules. Une authentique petite canaille, légère comme une plume, câline et gourmande.

Cherchant un toit, la serveuse m'oriente vers la guesthouse Anna, que j'avais repérée sur internet. J'espérais trouver plus rentable. Le proprio me fait un prix comme je suis seul, et pour 27€ j'ai droit à un petit appartement extrêmement propre et bien décoré, avec salle de bain, balcon, et une grande pièce qui contient une cuisine équipée, le salon et la chambre. La première priorité est une bonne douche, puis laver du linge. Je sors ensuite trouver des provisions, me laissant un peu aller une fois de plus sur la quantité. Malheureusement pas de cartouche de gaz pour le réchaud en vue.

Légère débauche alimentaire au sortir de la boulangerie
Légère débauche alimentaire au sortir de la boulangerie

Je rentre me poser un peu en attendant l'heure de me gaver, hĂ©las la pluie arrive. Comme il y a 15 minutes Ă  pied pour me rendre au restaurant, je dĂ®ne d'une tambouille de bivouac habituelle. Je fais jouer mes rĂ©centes relations croates (Ris et Filip) pour avoir un coup de main concernant les moyens de transports pour me rapprocher de la frontière. Un de leurs amis me trouve les horaires du train de demain pour la ville de Knin, Ă  la suite duquel il me faudra trouver un bus. J'attrape la tĂ©lĂ©commande et zappe quelques minutes avant de me coucher. "The big bang theory" passe en version originale sous-titrĂ©e et me happe le temps d'un Ă©pisode. Tanja m'expliquera quelques semaines plus tard que c'est une des raisons pour lesquelles l'anglais est si bon chez les croates, tous les programmes Ă©trangers sont diffusĂ©s en V.O. 

25.6km +350m -830m