Vadrouilles Attentives

5 juillet

Le refuge Zdrilo est tellement bien isolé que je me lève à 10 heures. Dès que j'ouvre la porte, tel un vampire je suis accablé par la lumière et la chaleur. Décidément mou, je ne décolle qu'une heure plus tard et me retrouve à transpirer des litres sur un chemin très ondulant, dans un environnement lourd, dépourvu d'air, où les moustiques imposent une allure minimale.

Pour ajouter à l'épreuve, le parcours est fréquemment envahi par la végétation et je reçois une petite toile d'araignée dans la face toutes les deux minutes. Je finis par être lassé d'avoir à pincer mon visage pour enlever les toiles, ainsi mon unique bâton de marche est requis pour faire de lents moulinets devant moi. J'éprouve un peu de peine et culpabilité à détruire le travail remarquable des petites arachnides.

Le trajet est aussi pénible que beau. J'en ressors les jambes griffées, un peu croûteuses, puis rate une bifurcation et me retrouve 100 mètres plus bas, alors que 300 mètres de montée m'attendaient déjà. Trempé, je délace mes chaussures et retire mes vêtements, boxer compris, que j'étale à sécher.

Je laisse passer quelques heures, étalé à l'ombre sur une herbe douce, rattrapant le retard sur le journal. J'en repars vers 17 heures seulement, et malgré l'attente mon t-shirt est rapidement mouillé. La montée gravie, c'est un plaisir de retrouver des prairies fleuries où virevoltent nombre de papillons, et d'enfin sentir le refuge Sugarska Duliba tout proche. En arrivant j'en fais le tour. Il est aussi récent et bien bien conçu que celui de Zdrilo d'où je viens. Il est par contre aménagé dans un container, et à l'intérieur c'est l'étuve !

Laissant la porte grande ouverte, je traverse le bois pour aller au réservoir d'eau indiqué. En m'approchant je commence à entendre quelques voix, et enfin tombe sur une troupe d'une vingtaine de scouts ! Ils sont encore plus étonnés que moi de voir débarquer un type seul, et j'ai l'honneur d'être servi en premier. Ils viennent de Belgique mais parlent essentiellement flamand. Ils se font quelques aventures en divers endroits de Croatie telles que ce trek de 3 jours.

Je me sens un peu envahi lorsqu'ils arrivent au refuge, mais à défaut de sol assez plat pour loger toutes les tentes, ils retournent s'installer du côté du réservoir. La soirée passe tranquillement, il fait encore très chaud dans le container quand je me couche alors je laisse la porte ouverte.

S'arrêter est le meilleur moyen de se laisser surprendre par de petites plantes discrètes.
S'arrêter est le meilleur moyen de se laisser surprendre par de petites plantes discrètes.
Moment de détente une fois arrivé au refuge.
Moment de détente une fois arrivé au refuge.

C'est aux alentours de minuit que je suis réveillé par un bruit, quelqu'un est entré, un être humain, puis reparti. Ensuqué, j'ouvre difficilement les yeux et essaie de comprendre. J'active la lumière rouge de la frontale et constate qu'un sac à dos volumineux est apparu. Son propriétaire est sans doute lui aussi allé chercher de l'eau. J'éteins et attends.

Night hiking !? (Marche de nuit) Cette idée m'avait traversé l'esprit du fait de la chaleur.

Ce n'est pas une voix qui revient mais plusieurs. J'enfile un pantalon et sort les saluer, ils sont presque aussi surpris de me voir. Ils doivent ĂŞtre 8, la quarantaine en moyenne, dont plusieurs femmes. Leur terrain de prĂ©dilection n'est pas la terre mais les airs ! Le lendemain matin ils s'envoleront depuis le tout proche Veliki Stolac (1406m). Celui qui me parle est Ivan, il est le concepteur de ce refuge ainsi que du prĂ©cĂ©dent, Zdrilo ! Il est plutĂ´t sympathique et un peu foufou (je me rappelle les propos de Ris : "Moutain people, you will see, we are very nice, very friendly, but we are crazy!")

L'un plus âgé, aux cheveux blancs courts et aux yeux bleus francs, lui dit quelque-chose dans lequel j'entends "fran'ssouss", je confirme directement d’un "Yes fran'ssouss" qui les amuse. Mon accent m'a trahi mais je suis bon joueur. Une table est installée dehors, sous le ciel garni d’étoiles. On m'invite à boire du vin blanc croate, et goûter de la charcuterie ainsi que du fromage fait maison qui est délicieux. Le monsieur aux cheveux blancs insiste à plusieurs reprises : "Fran’souss ! Eat !". Après n’avoir vu personne pendant 24 heures, que de rencontres en cette fin de journée, jusqu’à la nuit où je sentirai un loir grimper sur mon sac de couchage.

Merci pour la chaleur de l’accueil croate sous les étoiles, des souvenirs comme celui-ci restent à vie !!

8,3km +615m -460m